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Architects of Liberation : au MoMA, l’architecture ivoirienne des indépendances retrouve sa place dans l’histoire du modernisme africain

29 juil.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 juil.

Une exposition historique consacrée à l’architecture moderne d’Afrique de l’Ouest


Installation view, Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, on view at The Museum of Modern Art, New York, from July 5, 2026 through January 2, 2027. Photo by Martin Parsekian © The Museum of Modern Art, New York
Installation view, Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, on view at The Museum of Modern Art, New York, from July 5, 2026 through January 2, 2027. Photo by Martin Parsekian © The Museum of Modern Art, New York

Le Museum of Modern Art (MoMA) de New York consacre, du 5 juillet 2026 au 2 janvier 2027, une exposition majeure à l’architecture moderne ouest-africaine avec Architects of Liberation: Modernism in Western Africa.

Pour la première fois, une grande institution internationale explore le lien entre architecture moderne, indépendance politique et construction identitaire dans sept pays d’Afrique de l’Ouest : la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Cameroun, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.

Réunissant près de 450 œuvres, dessins d’architecture, maquettes, photographies d’archives, films et documents historiques, l’exposition revient sur une période particulièrement importante, allant de la fin des années 1950 au début des années 1980, durant laquelle l’architecture est devenue un outil majeur de transformation des jeunes nations africaines.

Organisée par Martino Stierli, conservateur en chef Philip Johnson du département Architecture et Design du MoMA, avec Ikem Stanley Okoye, commissaire invité et professeur associé à l’Université du Delaware, ainsi que Mallory Cohen, conservatrice associée au département Architecture et Design, l’exposition est le fruit de quatre années de recherches approfondies menées à travers la région.

  • Alpha 2000 (Société Ivoirienne de Banque), Abidjan, Côte d’Ivoire. 1974–76. Bureaux d’Études Henri C
  • La Pyramide, Abidjan, Côte d’Ivoire. 1968–⁠73. Rinaldo Olivieri (1931–⁠1998). 2025. Photograph: Fran
  • Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), Lomé, Togo. 1979–80. Guy Durand, Yves Ménard, and Me
  • Lycée Mamie Adjoua auditorium, Yamoussoukro, Côte d’Ivoire. Completed c. 1978. Jean Léon (1937–2002)

Après les indépendances, construire une nouvelle identité africaine


Lorsque plusieurs pays africains accèdent à l’indépendance au début des années 1960, une question fondamentale se pose : comment représenter une nation nouvelle ?


Au-delà des changements politiques, les États nouvellement souverains cherchent à créer une image différente de celle héritée de la période coloniale. L’architecture devient alors un moyen d’exprimer cette volonté de rupture, d’affirmation et de modernité.

Universités, bâtiments administratifs, équipements culturels, centres commerciaux, logements et espaces publics deviennent les symboles d’un continent tourné vers l’avenir.

Comme l’explique Martino Stierli, le modernisme architectural, auparavant souvent associé au projet colonial, est progressivement réapproprié par les États africains indépendants afin de devenir un langage d’émancipation.

Cette période est également marquée par les idéaux du panafricanisme et de l’africanisation, qui encouragent les gouvernements à développer leurs propres institutions et à faire émerger une nouvelle génération d’architectes africains.


La Côte d’Ivoire, un laboratoire architectural du modernisme africain


Parmi les sept pays étudiés par le MoMA, la Côte d’Ivoire occupe une place importante.

Après son indépendance en 1960, le pays connaît une transformation urbaine spectaculaire, notamment à Abidjan, qui devient l’une des capitales économiques les plus dynamiques du continent.

Cette période voit apparaître des réalisations ambitieuses qui traduisent l’image d’une nation moderne et ouverte sur le monde : grands équipements publics, bâtiments administratifs, infrastructures culturelles et ensembles urbains.

L’exposition met notamment en lumière le travail de plusieurs architectes ayant contribué à façonner cette identité architecturale ivoirienne, parmi lesquels :

  • Raymond Aka Adjo ;

  • Jean Léon ;

  • l’agence DLM.

  • Henri Chomette


Leur présence dans une exposition du MoMA constitue une reconnaissance importante pour une génération d’architectes longtemps absente des grands récits internationaux de l’histoire de l’architecture moderne.



Raymond Aka Adjo et Jean Léon : des figures ivoiriennes enfin reconnues


Dans l’entretien accordé à ART AFRICA, Martino Stierli souligne que l’exposition cherche précisément à mettre en lumière des architectes africains dont le rôle a été longtemps sous-estimé.

Il cite notamment Raymond Aka Adjo et Jean Léon, deux architectes ivoiriens dont les œuvres sont présentées au public international pour la première fois dans ce contexte.

Cette reconnaissance est essentielle car elle permet de dépasser une lecture de l’histoire architecturale africaine longtemps centrée uniquement sur les architectes étrangers intervenus sur le continent.

Elle rappelle également que la construction des villes africaines après les indépendances ne repose pas uniquement sur des influences extérieures, mais aussi sur l’action d’architectes africains qui ont participé à la définition d’une nouvelle identité bâtie.


Des bâtiments comme symboles d’une ambition nationale


L’exposition présente plusieurs réalisations emblématiques de cette période.

Parmi elles figure notamment La Pyramide d’Abidjan, construite entre 1968 et 1973 par l’architecte italien Rinaldo Olivieri et l'ivoirien Raymond Aka Adjo Devenue l’un des symboles architecturaux du Plateau, elle illustre l’ambition moderniste de la Côte d’Ivoire post-indépendance.

Le MoMA présente également le travail de Jean Léon, notamment avec le Lycée Mamie Adjoua à Yamoussoukro, achevé vers 1978, une réalisation qui témoigne de l’importance accordée à l’éducation dans la construction des nouveaux États africains.

D’autres projets ivoiriens, comme Alpha 2000 (Société Ivoirienne de Banque) réalisé par le Bureau d’Études Henri Chomette, illustrent également cette période où les bâtiments deviennent des marqueurs de modernité économique et urbaine.


Installation view, Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, on view at The Museum of Modern Art, New York, from July 5, 2026 through January 2, 2027. © The Museum of Modern Art, New York
Installation view, Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, on view at The Museum of Modern Art, New York, from July 5, 2026 through January 2, 2027. © The Museum of Modern Art, New York

Réécrire l’histoire du modernisme mondial


Au-delà de la présentation de bâtiments remarquables, l’exposition porte un message historiographique important.

Pendant longtemps, l’histoire du modernisme architectural a été racontée principalement depuis l’Europe et l’Amérique du Nord. Les expériences africaines ont souvent été considérées comme secondaires ou comme de simples adaptations d’un modèle importé.

Avec Architects of Liberation, le MoMA propose une autre lecture : celle d’un modernisme global, capable d’évoluer selon les contextes culturels, climatiques, économiques et politiques.

Les architectes africains ne sont donc pas présentés comme de simples héritiers du modernisme occidental, mais comme des acteurs qui l’ont transformé et adapté à leurs propres réalités.


Un travail de recherche pour retrouver une mémoire architecturale oubliée


La préparation de l’exposition a représenté un important travail documentaire.

Selon Martino Stierli, l’un des principaux défis a été le manque d’archives accessibles et d’études consacrées aux architectures modernes post-indépendance.

Contrairement aux bâtiments coloniaux, souvent documentés, de nombreux édifices construits après les indépendances n’avaient encore jamais fait l’objet de recherches approfondies.

Les équipes du MoMA ont donc dû retrouver des archives dispersées, contacter les familles des architectes et travailler avec des chercheurs locaux afin de reconstruire cette histoire.



Le regard contemporain de François-Xavier Gbré sur ces architectures


Pour accompagner cette redécouverte historique, le MoMA a également fait appel au photographe franco-ivoirien François-Xavier Gbré.

Ses photographies permettent de montrer non seulement la qualité architecturale de ces bâtiments, mais aussi leur relation actuelle avec les villes dans lesquelles ils s’inscrivent.

Son travail apporte un regard contemporain sur ces œuvres, entre mémoire, transformation urbaine et questionnement sur la conservation du patrimoine moderne africain.


Une reconnaissance internationale pour le patrimoine architectural ivoirien


Avec Architects of Liberation: Modernism in Western Africa, le MoMA ouvre une nouvelle page dans la reconnaissance de l’architecture moderne africaine.

Pour la Côte d’Ivoire, cette exposition représente une opportunité majeure de redécouvrir l’héritage architectural laissé par les générations qui ont accompagné les premières décennies de l’indépendance.

Au-delà des bâtiments, c’est aussi l’histoire des architectes, de leurs idées et de leur contribution à la construction des villes ivoiriennes qui est aujourd’hui mise en lumière.


À travers cette exposition, une nouvelle génération peut ainsi porter un regard différent sur ce patrimoine : non pas comme un simple héritage du passé, mais comme une partie intégrante de l’histoire mondiale de l’architecture moderne.



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