À Porto-Novo, le nouveau siège de l’Assemblée nationale prend forme : un projet architectural inspiré de l’arbre à palabres

Lancé en avril 2021, le futur siège du Parlement béninois est conçu par Kéré Architecture autour d’un symbole profondément ancré dans les traditions ouest-africaines : l’arbre à palabres. Après plusieurs années de chantier, une restructuration du projet et un changement d’entreprise d’exécution, la livraison est désormais annoncée pour décembre 2026.

À Porto-Novo, un nouveau bâtiment institutionnel majeur est progressivement en train de s'imposer dans le paysage de la capitale politique du Bénin.
Le futur siège de l’Assemblée nationale doit remplacer le Palais des Gouverneurs, bâtiment historique qui accueille actuellement l'activité parlementaire. Lancé officiellement le 1er avril 2021, le chantier s’inscrit dans une volonté de doter le Parlement béninois d'un équipement adapté à ses besoins actuels et à l'évolution de la représentation nationale.
Mais ce projet n'est pas seulement une nouvelle infrastructure administrative. Son architecture cherche à traduire, dans une forme contemporaine, une idée ancienne de la vie politique et sociale en Afrique de l'Ouest : se réunir sous un arbre pour discuter, débattre et rechercher le consensus.
C'est précisément cette image qui constitue le point de départ du projet imaginé par Kéré Architecture, le studio fondé par l'architecte burkinabè Francis Kéré.
Un nouveau siège pour une institution installée dans un bâtiment historique

L'Assemblée nationale du Bénin siège actuellement au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo, un édifice historique qui occupe une place particulière dans l'histoire politique du pays.
La commune de Porto-Novo, capitale politique du Bénin, concentre plusieurs institutions nationales. Le Palais des Gouverneurs demeure notamment associé à l'histoire de l'indépendance du pays et continue d'abriter l'activité parlementaire dans l'attente du nouveau siège.
La construction d'un nouvel édifice répond notamment à l'évolution des besoins du Parlement.
Lors du lancement du projet en 2021, le président de l'Assemblée nationale Louis Gbèhounou Vlavonou expliquait également que la révision de la Constitution intervenue en 2019 avait augmenté le nombre de députés, rendant la configuration du Palais des Gouverneurs insuffisante pour accueillir durablement l'institution dans de bonnes conditions.
Le projet actuel est également né dans un contexte particulier. Un précédent chantier de siège de l'Assemblée nationale avait été engagé sur un autre site, au bord de la lagune. Une étude commanditée par le gouvernement avait conclu à des problèmes liés aux caractéristiques du sol, décrit comme marécageux et mouvant. Le chantier a finalement été abandonné puis le bâtiment démoli en 2023.
Le gouvernement a alors retenu un nouveau site à Porto-Novo, à proximité du siège actuel.
Un projet de 35 000 m² conçu par Kéré Architecture

La maîtrise d'ouvrage déléguée est assurée par la Société immobilière et d'aménagement urbain (SImAU). Le projet rassemble également plusieurs bureaux d'études et intervenants techniques.
La fiche de Kéré Architecture mentionne notamment COBLOC pour les architectes locaux, AECOM et BEST Ingénierie pour la conception structurelle, SAHEL Ingénierie pour le développement et l'exécution de la structure, ainsi que plusieurs spécialistes des lots techniques, de l'acoustique, de l'éclairage et du contrôle.
Du côté du chantier, l'entreprise chinoise CSCEC avait été retenue lors du lancement en 2021. Le projet a ensuite été restructuré et l'entreprise marocaine Jet Contractors a repris l'exécution d'une partie des travaux. En 2025-2026, les communications de l'Assemblée nationale citent notamment Kéré Architecture, Koffi & Diabaté et Jet Contractors parmi les acteurs impliqués dans le projet.
L'arbre à palabres comme concept architectural

C'est probablement l'élément le plus intéressant du projet.
Le bâtiment principal est conçu autour de la métaphore de l'arbre à palabres, espace traditionnel de rencontre dans de nombreuses sociétés ouest-africaines.
Dans la présentation officielle du projet, Kéré Architecture explique que cette référence correspond à une tradition de réunion sous un arbre pour discuter des décisions importantes et rechercher un consensus au bénéfice de la communauté.
Le projet ne cherche donc pas simplement à représenter littéralement un arbre.
Il tente plutôt d'en transposer les principes spatiaux et symboliques dans une architecture institutionnelle contemporaine.
Le bâtiment principal fonctionne ainsi comme un arbre monumental :
le « tronc » correspond à un espace central évidé ;
la partie supérieure constitue la « couronne » qui accueille les bureaux et fonctions auxiliaires ;
l'espace central crée une cour permettant la circulation de l'air et l'apport de lumière naturelle ;
une rampe/escalier en spirale relie l'espace de l'hémicycle aux niveaux supérieurs ;
une terrasse en toiture doit offrir des vues sur Porto-Novo et, au loin, sur la lagune.
Cette organisation donne au concept une dimension qui dépasse l'esthétique.
L'arbre devient ici une métaphore de la démocratie, du rassemblement et du dialogue.

Un hémicycle placé au cœur du projet
Le programme annoncé au lancement permet de mesurer l'ampleur de l'infrastructure.
Le bâtiment principal est prévu en R+4.
Au rez-de-chaussée, d'une superficie annoncée de 12 500 m², se trouvent notamment l'hémicycle, six salles de conférence de 80 places, deux salons d'honneur, une grande salle polyvalente de 448 places et un restaurant destiné au personnel.
L'hémicycle doit pouvoir accueillir 150 députés, avec une capacité extensible jusqu'à 300 sièges.
Les étages supérieurs sont consacrés aux différentes fonctions parlementaires et administratives.
Le premier étage regroupe notamment le cabinet du président de l'Assemblée nationale, les bureaux des présidents de commissions et des groupes parlementaires, ainsi que des salles de réunion.
Le deuxième étage accueille les bureaux des députés.
Le troisième est consacré au secrétariat administratif.
Enfin, le quatrième étage doit notamment accueillir un restaurant panoramique de 120 places, des locaux techniques et une couverture intégrant des panneaux solaires
Un Parlement qui ne se limite pas à son bâtiment
L'un des aspects particulièrement intéressants du projet est que l'architecture ne s'arrête pas au bâtiment principal.
Une part importante du terrain doit être consacrée à un parc public mettant en valeur la flore indigène du Bénin.
Dans le concept développé par Kéré Architecture, cet espace paysager doit prolonger l'idée de l'arbre à palabres : créer un lieu ombragé et ouvert où les citoyens peuvent se réunir, se rencontrer et échanger.
Le projet prévoit également une place publique sur sa façade civique.
Cette place possède une importance symbolique particulière puisqu'elle se trouve face à l'ancien siège de l'Assemblée nationale, dans un secteur directement associé à l'histoire politique du Bénin.
Le projet prévoit par ailleurs des bâtiments et équipements annexes, notamment la questure, des salles de réunion, un restaurant du personnel, une infirmerie, une crèche, un gymnase, un guichet bancaire, une caserne militaire ainsi qu'un parking de 250 places.

Kéré Architecture revendique une approche privilégiant les stratégies passives et la réduction de la dépendance à la climatisation lorsque cela est possible.
Pour le siège de l'Assemblée nationale du Bénin, la façade profonde et sculpturale fonctionne notamment comme un brise-soleil, réduisant l'exposition directe au rayonnement solaire. Le vide central du bâtiment participe quant à lui à la ventilation naturelle et à l'entrée de lumière indirecte.
L'approche est donc à la fois symbolique et environnementale : l'image de l'arbre devient un principe architectural permettant de travailler sur l'ombre, la ventilation, la lumière et les espaces collectifs.
Un chantier marqué par plusieurs changements

Si l'image actuelle du bâtiment donne l'impression d'un projet arrivé à maturité, son histoire récente est plus mouvementée.
Lors du lancement en avril 2021, les travaux étaient confiés à CSCEC, avec un délai annoncé de 28 à 30 mois selon les communications officielles de l'époque. Le montant communiqué par l'Assemblée nationale était alors de 27 437 784 698 FCFA TTC.
Le chantier a cependant connu des difficultés techniques et des retards.
En septembre 2022, le gouvernement indiquait que les travaux avaient été relancés après certaines difficultés et évaluait alors l'avancement physique à environ 25 %.
En 2024, la SImAU annonçait une restructuration du projet et l'intervention de nouveaux acteurs. Les gros œuvres étaient alors annoncés à environ 97 %, tandis que l'ensemble du projet était évalué à 53 %. Jet Contractors avait notamment été retenu pour poursuivre et achever les travaux engagés par CSCEC.
Cette restructuration explique en partie pourquoi les dates de livraison annoncées au fil des années ont été repoussées.
Décembre 2026 : la nouvelle échéance
La dernière échéance communiquée publiquement est désormais fin décembre 2026.
Lors d'une visite du chantier effectuée le 10 mars 2026, le nouveau président de l'Assemblée nationale, Joseph Fifamin Djogbénou, a été informé de l'évolution du projet par le directeur général de la SImAU, Moïse Achille Houssou.
Selon les informations rapportées à cette occasion, la date contractuelle initialement envisagée pour la livraison était fin septembre 2026. Elle a finalement été repoussée à fin décembre 2026.
Plusieurs éléments restent notamment à finaliser : l'aménagement paysager, le mobilier, les équipements audiovisuels de l'hémicycle, la décoration intérieure et certains dispositifs de sécurité.
La SImAU a par ailleurs indiqué en mars 2026 que le financement du projet était sécurisé, tout en précisant que le coût avait évolué par rapport aux estimations initiales. Aucun montant final actualisé n'a toutefois été publié dans cette communication.
Il serait donc imprudent de présenter aujourd'hui un chiffre comme « le coût définitif » du projet sans document financier officiel plus récent.










